Le professeur dévoué et altruiste
À Montpellier, puis à Paris, à la Faculté des sciences, à l’École normale supérieure et au Collège de France, Antoine-Jérôme Balard il transmet une chimie vivante, fondée sur l’expérience et le contact direct avec les phénomènes. Son parcours de préparateur devenu maître le rend particulièrement attentif aux jeunes chercheurs. Il ne se contente pas d’enseigner des résultats : il donne accès au laboratoire, encourage les vocations, confie des responsabilités, protège les talents naissants et introduit ses élèves dans les réseaux savants.
Cette vocation pédagogique est sans doute née dès le début des études d’Antoine-Jérôme Balard, qui a d’abord appris en manipulant, en préparant les expériences d’autrui, en observant les gestes du laboratoire et en comprenant les exigences matérielles de la recherche. Devenu maître, il conserve cette mémoire de l’apprentissage. Son enseignement ne repose pas uniquement sur l’exposé magistral ; il valorise la démonstration, l’expérience et la patience nécessaire à la vérification.
À Montpellier, ses premières fonctions d’enseignement confirment cette orientation pratique. Au contact d’étudiants destinés à la pharmacie, à la médecine ou aux sciences, il place l’enseignement de la chimie au croisement des savoirs savants et des usages professionnels.
Son départ pour Paris marque son entrée dans le cercle le plus visible de l’enseignement supérieur scientifique. Antoine-Jérôme Balard n’est plus seulement le jeune découvreur du brome, mais un professeur capable d’occuper une chaire importante et de s’adresser à un public exigeant. Cette étape confirme la transformation de sa notoriété scientifique en autorité institutionnelle.
En entrant dans les principales institutions où se forment les futurs professeurs, chercheurs et hauts responsables scientifiques, il ne transmet pas seulement un cours : il distribue des occasions, ouvre des portes, recommande, protège et oriente les carrières. Il occupe une place d’autant plus importante que la chimie française du 19ème siècle se structure autour de quelques chaires prestigieuses, de réseaux personnels et d’un nombre restreint de grands laboratoires.
Son dévouement s’exprime aussi dans sa manière d’exercer l’autorité professorale. Les témoignages insistent sur une présence attentive et profondément bienveillante.
La progression de sa carrière ne l’éloigne pourtant pas de l’esprit de ses débuts. Là où certains savants auraient pu faire de la chaire un lieu de prestige personnel, Antoine-Jérôme Balard en fait un espace de transmission. Il continue à considérer le laboratoire comme le complément nécessaire du cours, car la chimie ne s’apprend pleinement que par le contact avec les substances, les instruments, les essais et erreurs.
Les honneurs qu’il reçoit — son élection à l’Institut, puis sa distinction comme commandeur de la Légion d’honneur — consacrent cette double dimension de savant et de professeur. Ils reconnaissent à la fois la découverte du brome, la contribution à la chimie appliquée et le rôle joué dans l’enseignement supérieur. Mais ces titres ne résument pas son influence. Celle-ci se mesure surtout à la durée de son action pédagogique, à la confiance qu’il inspire et à la manière dont il contribue à faire exister autour de lui un milieu de recherche vivant.