La découverte du brome
La découverte du brome doit être replacée dans le climat intellectuel d’une époque où la chimie connaît une profonde transformation. À la fin du 18ème siècle, les travaux de Lavoisier ont fondé la chimie expérimentale et ont imposé une nouvelle manière de concevoir les corps simples et les combinaisons chimiques. Au début du 19ème siècle, les découvertes se multiplient : l’iode est isolé en 1811, le chlore est reconnu comme élément, et les chimistes européens cherchent à comprendre les familles de substances dont les propriétés semblent voisines. La découverte du brome participe ainsi à l’élargissement progressif de la liste des éléments et à la clarification de leurs relations.
Quand le jeune Antoine-Jérôme Balard s’intéresse aux eaux qui stagnent dans les marais salants près de Montpellier, il applique la démarche scientifique expérimentale de cette première moitié du 19ème siècle. Il remarque dans ces eaux une substance rouge-brun, volatile et fortement odorante qui pourrait être apparentée à de l’iode ou à du chlore mais dont il établit des propriétés spécifiques, prouvant qu’il s’agit d’un élément chimique encore inconnu.
La portée de cette découverte dépasse le seul enrichissement de la nomenclature chimique. La notion d’atome a été introduite par John Dalton en 1808 et la science commence à concevoir les éléments comme rangés selon une certaine logique, qui conduira à la classification atomique actuelle à la suite des travaux de Mendeleïev (1869), mais qui reste à préciser au moment de la découverte d’Antoine-Jérôme Balard. Le brome rejoindra plus tard, avec le chlore, l’iode et le fluor, la famille des halogènes, dont les propriétés comparables deviendront un exemple important de périodicité chimique. En ce sens, la découverte d’Antoine-Jérôme Balard appartient à la fois à la chimie descriptive de son temps et à l’histoire de la classification des éléments.
Cette découverte est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans une compétition scientifique européenne : au même moment, le jeune chimiste allemand Carl-Jacob Löwig isole lui aussi une substance analogue à partir d’eaux minérales. Toutefois, Antoine-Jérôme Balard est le premier à faire reconnaître la découverte du brome, baptisé « murine » dans un premier temps, en présentant selon une démarche scientifique rigoureuse les aspects théoriques et expérimentaux qui conduisaient à isoler un élément inconnu jusqu’alors.
Le 28 novembre 1825, il envoie à l’Académie des sciences de Paris son mémoire intitulé « Sur une substance particulière contenue dans l’eau de mer » (le choix initial du nom de « murine » pour ce nouvel élément fait référence aux sels marins). Ce mémoire fait l’objet d’un rapport élogieux à la séance du 14 août 1826 de l’Académie, cette reconnaissance académique transformant aussitôt une observation locale en fait scientifique universel.
Dans la foulée, Antoine-Jérôme Balard publie ses travaux dans les Annales de Chimie et de Physique, l’une des revues scientifiques les plus influentes d’Europe. L’article décrit avec précision les propriétés du nouvel élément et propose son nom définitif, le brome, terme dérivé du grec et associé à l’odeur pénétrante de l’élément.
Cette découverte résulte à la fois de réflexions théoriques et d’une approche pratique, à la croisée de la chimie pure et de la chimie industrielle. En effet, si Antoine-Jérôme Balard est un découvreur, il est aussi un chimiste industriel.